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mardi 29 avril 2008
Par Karine Fougeray,
mardi 29 avril 2008 à 23:05 :: Les histoires de Karine
Le blog mène à tout. Je l'avais déjà dit, mais je persiste et signe.
Inigo, charmant espagnol que je ne connais pas, traducteur de son métier, s'est entiché de ce blog et essaie de trouver une maison d'édition espagnole afin de me traduire dans sa langue maternelle.
Inigo nous bombarde (moi et la Fée) de mails adorables par lesquels il explique son désir de traduction, demande des informations pour monter un dossier sur le thème, etc. Inigo nous fait également suivre en copie tous les mails qu'il adresse à de brillantes maisons espagnoles, et à de brillantes (brillantes c'est moi qui l'imagine) directrices éditoriales espagnoles.
Je vois défiler des noms tels que Carmen de la Fuente, Lourdes Lucia et ça me fait rêver.
Je me vois déjà… à Madrid… arpentant les allées du Prado… mon exemplaire espagnol des Violettes sous le bras.
Oui, je rêve, pour pleins de raisons :
- je ne parle pas un traite mot d'espagnol,
- j'ai aimé les villages en Galice qui résonnaient du cliquètement des fuseaux des dentelières,
- j'ai aimé la foule des pèlerins sur le parvis de St-Jacques de Compostelle,
- j'ai aimé traverser ce pays en voiture lors d'un retour du Maroc,
- j'ai aimé les placettes ombragées de Séville sous 45° à l'ombre,
- j'ai aimé la crasse de Bilbao (avant qu'elle ne devienne ce qu'elle est devenue),
- j'ai aimé les poulpes et les sardines huileuses avalées sur les ports devant des cargos rouillés.
Mes souvenirs les plus forts restent ceux d'une découverte en bateau lors d'une croisière familiale qui remonte à mes 18 ans. Toute la Galice jusqu'à La Corogne. A cette époque, les ports et les villes étaient sales, gras, et bourrés de charme. Les villages étaient chaulés de blanc et les ruelles embouteillées.
Je n'ai pas les mêmes souvenirs que les autres. Mais ce qui m'a plut en Espagne, à cette époque, est ce qui me plait toujours dans les pays où je voyage, surtout en bateau. Mouiller dans un port, descendre à terre et négocier dans un boui-boui la cuisson du poisson pêché en mer. Faire ainsi connaissance. Simplement. Etre voyageur avant d'être touriste.
Bon, je ne voyage plus beaucoup, c'est vrai. Je me suis ancrée sur une île sénégalaise depuis quelques années, et je n'ai plus le temps d'aller voir ailleurs si l'herbe est plus verte.
Mais, l'Espagne. Oui, elle me ferait bien rêver à nouveau.
En attendant, ce week-end, je serais là avec la Fée, à "faire salon" en compagnie de filles formidables. Passez-nous voir…
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lundi 21 avril 2008
Par Karine Fougeray,
lundi 21 avril 2008 à 13:49 :: Les histoires de Karine
Oui, je sais tous mes amis se moquent en ce moment de mon addiction aux violettes sous toutes leurs formes.
Mais je n'en ai cure… en ce moment je vibre pour les violettes, je respire le parfum des violettes, je m'empiffre de bonbons à la violette, je gloutonne de la confiture à la violette, je me damne pour les Violettes… et je suis très heureuse comme ça merci bien !
Les gens se moquent, oui, mais ils participent eux-aussi à rendre l'addiction totale. A croire que mes proches débordent de compassion pour ma névrose.
Dernier cadeau en date : ce magnifique marque-page de la nounou de… ma petite Violette !
Madame Thérèse (je dis Madame car Thérèse est une Grande Dame) déborde de passion elle-aussi, fan absolue d'enfants bien sûr, de 2 CV Citroën (et des rallyes qui vont avec), de danse bretonne et de broderie.
Je ne vais jamais oser l'utiliser, de peur de l'abîmer, parce que j'ai une fâcheuse tendance à tout massacrer : le livre et ce qu'il y a dedans. J'ai un total respect pour le texte, mais l'objet est vivant pour moi. S'il est rempli de grains de sable, corné aux entournures, annoté dans tous les sens et froissé dans le milieu, cela signifie que je l'ai profondément aimé. Mais, ce marque-page, brodé avec tendresse… rien que pour moi… dois-je lui faire subir les tourments qui me le rendront encore plus cher ?
La fée a découvert cela ce matin, une jolie coincidence où vous découvrirez qu'Alexandre Fillon a eu la même idée que les libraires malouines. Il parle de nos deux livres "ensemble", comme je vous annonçais l'autre jour que nous allions signer "ensemble". Les deux Karine de St-Malo. Lisez Comme une mère, de Karine Reysset. Il y a tant de ponts entre nos deux romans. Délicieux et troublant.
Et puis, je me remets enfin à lire, doucement. Du pur bonheur. Au programme, le dernier Véronique Ovaldé, l'Ombre du vent, et plein d'autres livres qui patientent depuis des mois, avec leurs jaquettes proprettes que je vais m'empresser de déchirer pour y noter des mots, des idées, des phrases sans queue ni tête.
Le début d'un prochain livre ?
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vendredi 18 avril 2008
Par Karine Fougeray,
vendredi 18 avril 2008 à 00:27 :: Les histoires de Karine
Pourquoi signer des livres ? Pourquoi dédicacer ?
Je trouve que la démarche de dédicacer un livre à quelqu'un que l'on ne connait pas est très étrange. Qu'écrire ?
- En toute amitié ? (mais nous ne sommes pas amis).
- Avec mon meilleur souvenir ? (pour imiter Sagan). Mais quel souvenir ? Celui d'une rencontre de quelques minutes dans une librairie avec un inconnu ?
J'ai affronté les premières signatures avec les galettes, et j'avoue qu'au début je n'étais pas du tout à l'aise. Les auteurs écrivent les livres, ils ne devraient pas avoir à les vendre… Se "mettre en avant" tout en "étant derrière" son livre : quel paradoxe.
Bon, depuis j'ai pris de la bouteille et je vis cela de façon un peu plus décontractée. Les signatures qui se profilent à l'horizon se passent toutes à Saint-Malo pour commencer. Chez moi. Et là je suis ravie ravie parce que les gens me connaissent (un peu), je sais déjà que je vais y prendre un énorme plaisir.
De plus, je vais faire deux signatures avec la charmante Karine Reysset, compagne d'Olivier Adam. Les deux Karine de Saint-Malo, chouette programme, n'est-ce pas ? Au moins, s'il n'y a personne, nous pourrons toujours discuter… de nos bébés. Le mien à 5 mois, et celui de l'autre Karine ne devrait pas tarder à voir le jour.
Si vous êtes dans le coin, passez me voir. Il y aura des bonbons à la Violette et on boira du Kir-Violette !
Programme :
- Samedi 19 avril. Librairie l'Odyssée St-Malo intra-muros en compagnie de Karine Reysset. de 17h00 à… tard dans la soirée.
- Jeudi 24 avril, Restaurant le Bénétin près des rochers sculptés à St-Malo, de 18h00 à… tard dans la nuit. Est prévue une lecture d'un extrait de Ker Violette par la ravissante Marie Frémont, commédienne en devenir et élève en dernière année au Conservatoire de Paris.
- Samedi et dimanche 2, 3 mai. Salon du livre du Pouliguen. Débats et signatures.
- Vendredi 9 mai à la librairie Le porte-Plume en compagnie de Karine Reysset. rue Georges Clémenceau à St-Malo, de 9h00 à midi.
- Samedi, dimanche et lundi 10, 11, 12 mai. Salon Etonnants Voyageurs. Café Littéraire et signatures, mais je n'ai pas encore les horaires précis.
- Samedi 17 mai. Cultura St-Malo, de 15h00 à 18h00.
Vous voyez, je ne vais pas m'ennuyer.
Autrement, pour ceux qui aiment les critiques littéraires, je peux vous annoncer qu'Alexandre Fillon parlera de mes Violettes dans le Madame Figaro du 19 avril, et Delphine Peras dans le Lire du mois de mai.
Qu'en diront-ils ? Du bien ? Du mal ? Je n'en sais fichtre rien. Je ne suis pas Madame Soleil mais je crois à ma bonne étoile.
Bonne journée. La Plume.
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mercredi 2 avril 2008
Par Karine Fougeray,
mercredi 2 avril 2008 à 14:24 :: Les histoires de Karine
Aujourd'hui je me fous des violettes, des galettes, des journalistes, des articles à paraitre, des prix littéraires, des signatures à venir…
Aujourd'hui je n'ai qu'une seule et unique prière :
LIBÉREZ INGRID BÉTANCOURT.
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vendredi 28 mars 2008
Par Karine Fougeray,
vendredi 28 mars 2008 à 13:48 :: Les histoires de Karine

Deux ans trois-quart de travail. 10 kilos de papier, 2 carnets moleskine. Je vous ai fait grâce, pour la photo, de tous les bouts de papiers que j'ai déjà jetés au fil du temps.
Bon, je fais quoi maintenant ? Je brûle dans la cheminée ? Je fais un feu de joie dans le fond du jardin ? Je jette ? Je conserve précieusement ? Je remise dans le cellier ?
Vous avez sous les yeux toutes les versions de Ker Violette… il a bien fallu que je libère de la place dans mon bureau, certes grand mais pas immense non plus. Voilà comment j'ai bossé : laborieusement pourrait-on croire… quand on voit cette pile de pages relues et annotées… et ces deux carnets pleins de ratures.
Oui, un livre ne se fait pas en un jour. Et je ne suis pas une rigoureuse hors pair. Les phrases des écrivains : "Tous les jours, entre 5 heures et 8 heures du matin j'écris, avec ma tasse de thé, le chat à mes pieds…" ne sont pas pour moi. Moi j'écris n'importe où et dans n'importe quel sens. Quand je le sens. Et je peux ne pas le sentir pendant des semaines, des mois. Vous savez, c'est pénible d'écrire. Pour soi et aussi pour les autres.
"Maman, tu ne m'écoutes pas. Tu penses encore à ton livre ? Y'en a marre à la fin" sont par contre des phrases qui m'ont accompagnée souvent ces derniers mois.
Que voulez-vous répondre à cela ?
- oui ma chérie je t'écoute… (et dans la tête : bon, elle part en Irlande… et après ?)
- non maman tu n'es pas là !
- si ma chérie, je suis là, je te regarde… (et dans la tête : et puis, le maréchal-ferrant, il va être sourd-muet. Je veux qu'il soit sourd-muet… c'est ainsi. Il ne sera pas comme les autres…)
- bon maman, je vais être en retard à l'école !
- oui oui, on y va (et dans la tête : bon, s'il est sourd-muet, comment va-t-il les exprimer ses sentiments ?)
J'en passe et des meilleures… Relisez ce billet, il est encore valable aujourd'hui.
Je fais partie de celles qui ont appris en écrivant et, je peux vous dire qu'il est très très, mais alors très dur d'écrire sur du long terme. Un roman, et c'est tout de suite 20 personnages qui vous engloutissent et dont vous ne savez (pas toujours) que faire. Un roman, et c'est un cerveau embrouillé en permanence, les neurones qui font des nœuds et vous donnent mal à la tête. Un roman (qui l'eut cru), c'est aussi un travail d'équipe pour moi. Faire partager mes avancées, en discuter. Avec la Fée bien sûr (oh, ces fous rires avec elle…), mais aussi avec les proches, les amis qui se prennent au jeu et proposent des scénarii tous plus invraisemblables les uns que les autres.
Ecrire un roman, c'est à pleurer.
C'est à rire aussi.
Vous choisissez quoi ?
A bon entendeur et bonne journée. La Plume.
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samedi 22 mars 2008
Par Karine Fougeray,
samedi 22 mars 2008 à 14:45 :: Les histoires de Karine
Photo et "mise en scène" ©Lola grande sœur
Oui, elle est belle, n'est-ce pas ?
Enfin, elles "sont belles", devrais-je dire.
La première est née le 5 novembre dernier et je n'ai aucun doute à son sujet : elle est parfaite, idéale, merveilleuse.
La seconde a réclamé des ajustements à n'en plus finir, jusqu'au dernier moment (et bien sûr demeure perfectible). Et tout cela tandis que la première dormait, tétait et ne faisait pas encore ses nuits.
A elles deux, elles ont usé mes reins, grignoté mes nuits déjà sans sommeil tout en me remplissant de 1000 choses. Jamais je n'aurais cru cela possible : accompagner un nourrisson dans ses premiers instants et écrire un livre dans le même temps. Comme quoi la vie réserve bien des surprises. Comme quoi les congés maternité ont été inventés pour d'autres que moi, qui me retrouve à chaque fois avec des milliards de projets sur le feu aux pires moments. Aux pires ou aux meilleurs moments ? Je me pose encore la question, mais je ne trouve pas les réponses. Je sais juste que la seconde m'a hantée plus de 30 mois quand la première m'a habitée 8 mois et deux semaines. Et puis, je sais aussi que la première passera toujours avant la seconde, et avant tous les livres du monde, ceux à lire et ceux à écrire.
Le sourire de ma Violette est bien plus beau que la phrase la plus aboutie. Oui, je délire, je compare l'incomparable. Je dis n'importe quoi. Mais, pardonnez-moi, donner la vie à deux Violettes simultanément n'arrive pas tous les jours.
ps : bon, ce soir, on oublie les violettes. Une seule question s'impose : comment allons-nous faire pour cacher les œufs dans le jardin détrempé par les giboulées de grêle ?
Joyeuses Pâques !!
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mardi 11 mars 2008
Par Karine Fougeray,
mardi 11 mars 2008 à 13:44 :: Les histoires de Karine
Allez vite voir ici et là, mes violettes commencent (déjà !) à semer leurs graines.
Je m'étais dit : non Karine, tu ne vas pas relancer ton blog uniquement pour des histoires de promotion. C'est trop facile, tout le monde le fait, et puis, surtout, cela ne présente aucun intérêt.
Mais voyez, je ne résiste pas. Et puis, je n'ai pas (plus) le temps pour écrire de jolis billets. Pourtant, j'ai tellement de choses à vous dire concernant ce premier roman. Ça déborde, même. Ça enfle, ça explose. J'ai tant travaillé pendant plus de deux ans que j'ai la sensation d'un ballon sous mon crâne qui ne rêve que de prendre son envol. Dès que j'ai un moment (mais quand ?), je vous raconte tout : la gestation, les difficultés, les plaisirs et les surprises liés à l'acte d'écrire un roman.
Mon premier.
C'est moi qui l'ai fait.
Je n'en reviens toujours pas.
Ajout au 19 mars : les violettes sont sélectionnées pour le prix Emmanuel Robles (euh… on dirait que les mises à jour ne sont pas très régulières) du 1er roman de la ville de Blois.
Verdict le 6 juin prochain. Ce jour là, Delphine la Fée et moi même allons nous rendre au château de Blois jouer les princesses.
Pour ceux qui ont lu le livre : allons-nous y trouver notre Prince ?
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dimanche 24 février 2008
Par Karine Fougeray,
dimanche 24 février 2008 à 20:21 :: Les histoires de Karine

Oui j'ai été absente très très longtemps, mais j'avais deux bonnes excuses :
- un roman à boucler,
- une petite fille à fabriquer.
Soient deux Violettes en gestation.
La première est née le 5 novembre 2007. Elle a aujourd'hui 3 mois et demi, pèse plus de 5 kg et c'est un petit bonheur de chaque instant.
La deuxième sera dans les librairies le 28 février, elle possède une jolie couverture fleurie (comme vous pouvez le voir) qui cache les 250 pages de mon premier roman.
La Plume attend vos commentaires violets, lilas, parme…
A bientôt !
Ajout au 28 février :
Ça y est, c'est parti ! Vous trouverez les violettes sur le web (Fnac, Amazon, et autres), mais, si vous voulez faire travaillez les petits libraires indépendants (c'est bien aussi) et le commander auprès d'eux, vous pouvez préciser que Delphine Montalant est distribuée par Le Collectif des Editeurs indépendants - 01 45 41 14 38.
Ajout au 4 mars :
Bon je pars demain à Paris effectuer ce qu'on nomme communément le "service de presse", rencontrer quelques journalistes et fêter l'anniversaire de ma Violette qui aura 4 mois demain. Vous vous y retrouvez, vous, avec toutes ces violettes ?
Je vous raconte tout en rentrant.
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Par Karine Fougeray,
dimanche 24 février 2008 à 20:16 :: Ker Violette (ils en parlent)
Ker Violette est le premier roman de Karine Fougeray.
Date de parution : 28 février 2008.
Ci-dessous la quatrième de couverture.

L'argumentaire est ici et là.
Bonne lecture.
Pour en savoir plus :
Les jardins d'Hélène
Clarabel
Pierre-Yves Loisel, Galerie des Vélos bleus
Gawou la libraire
L'attrape-livres
Cathulu
Sa Kartonn Les brodeuses aiment les violettes.
41Harry
jilesetjum
Lily et ses livres
Des livres et des champs
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jeudi 15 mars 2007
Par Karine Fougeray,
jeudi 15 mars 2007 à 13:08 :: Les histoires de Karine
On tourne un film à Saint-Suliac qui se passe en Ecosse, vous me suivez ? La poste du village est toute décorée et transformée en “General Store”, l’épicerie est devenue “Scottish food oveiseas” (les peintres déco ont fait une énorme fôte vous avez remarqué) et moi, j’ai complètement oublié un rendez-vous ce matin avec une cliente !! Parce que, quand vous amenez votre fille à l’école, vous ne vous attendez pas à croiser… Carole Bouquet en compagnie de Marc Lavoine qui remontent de la grève bras-dessus bras-dessous par la Grand Rue sous un éclatant soleil (beaucoup trop éclatant pour l’Ecosse), puis s’arrêtent sur la place du village, et décident, dans un éclat de rire (réplique inoubliable de Marc à Carole “Tu m’as bien dit que j’étais romanesque !” de grimper dans une calèche pour se faire la promenade romantique par excellence… et l’équipage se met en branle et la calèche s’en va et Carole et Marc se sourient, s’embrassent… ne s’embrassent pas ? Coupez !!
Depuis, je réfléchis. Si des films se tournent chez moi en Ecosse, pourquoi donc aller en Irlande afin d’écrire les scènes de mon livre en cours qui se situent là-bas ? Hein, je vous le demande ??
Un peu de peinture, un peu de déco… un peu de bonne volonté, je sors dans mon jardin et hop ! Je suis en Irlande… et j'écris ceci :
A gauche de la lande, la mer s'ouvrait, large et profonde. La mer qui n'aurait pas dû être là, devant moi, mais dans mon dos, de l'autre côté du manoir, de l'autre côté des marronniers. Puis j'ai compris, enfin. Garrenbaum House était bâti sur une pointe et l'eau était partout. A cinq-cent mètres à vol d'oiseau, de l'autre côté de la baie qui s'enroulait en un parfait arc de cercle, sur le cap suivant, son doigt s'est pointé sur un minuscule cottage jaune. Un tournesol dont la graine aurait germé entre deux rochers battus par les vents. C'est là-bas qu'elle vous attend, a-t'elle simplement dit avant de refermer la porte sur elle.
Ps : le film en question s'appelle "Un amour exemplaire", mais personne n'a été fichu capable de me donner le nom de la réalisatrice (oui, c'est une femme). Si quelqu'un trouve l'info, merci de nous la faire partager !
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vendredi 2 mars 2007
Par Karine Fougeray,
vendredi 2 mars 2007 à 16:53 :: Les histoires de Karine
J’ai passé trois ans en plein Marais et dans une euphorie totale, au milieu des années 80. Trois ans d'études au sein d’une école de design.
Il y avait là 120 élèves débarquant de toutes régions et de tous milieux qui composaient une joyeuse anarchie créative. On était là pour apprendre à créer.
Ça veut dire quoi créer, quand on a 20 ans ?
J’ai des souvenirs de cours hallucinants, dans des sous sols enfumés (on fumait comme des pompiers et pas que des cigarettes) où le prof de dessin corrigeait les “rendus” en attendant patiemment que la cendre de sa gauloise rouge s’allonge pour atterrir ou ne pas atterrir pas sur le papier du format raisin sous ses mains. Si la cendre tombait, cela voulait dire que le boulot était nul. S’il épargnait le dessin, l’élève avait des chances de se voir complimenter.
Je me rappelle également des séances de géométrie descriptives agrémentées de points de fuite en pagaille auxquelles j'étais totalement hermétique.
Que dire des cours de design produits pendant lesquels on dissertait des heures sur l’ergonomie d’un fer à repasser ?
Ce n’est pas si vieux et pourtant j’ai l’impression que cela se passait il y a un siècle.
Pourquoi ?
Parce qu’on avait tous (je dis bien tous les élèves) les doubles des clefs de l’école et qu’on s’y rendait quand bon nous semblait, la nuit, les week-ends, n’importe quand.
J’ai des souvenirs de charrettes mémorables, de nuit blanches passées là-bas à gratter entre deux fou-rires. On y emmenait la bouilloire électrique (pour le thé), le sac de couchage (pour la sieste), les bouteilles de coca et les tubes de Guronsan (pour tenir le coup), le vin blanc (pour ne pas trembler), le poste de Radio (pour écouter Carbone 14) ! Et on y passait la nuit entre copains, à monter des perspectives (l’horreur), à tirer des lignes sur des cartes à gratter (l’horreur également), à dessiner des plans au rötring (et à renverser des bouteilles d’encre de chine), à monter des maquettes improbables de stations services futuristes en balsa et cadapack, à se couper au cutter en fabriquant ces maquettes, à imaginer moults concepts fumeux pour révolutionner le lancement de la nouvelle charte graphique de la SNCF, à délirer sur des packagings de paquets de cigarettes et de préservatifs, à dénigrer ceux qui étudiaient en Faculté et/ou dans des écoles de commerce, et qui (à nos yeux) devaient mortellement s’ennuyer dans leurs études planplans.
L’essentiel : on refaisait le monde en riant et en fumant 3 paquets dans la nuit.
Quand on n’y passait pas des nuits blanches à travailler, on y faisait des fêtes, dans les caves de l’école. On dansait avec nos profs (presque aussi jeunes que nous) sur les Straycats en engloutissant des litres de Gin et de Vodka achetés chez ED.
L’école était ouverte à tous et à tout le monde, et j’ai plusieurs de mes amis étudiants ailleurs qui venaient assister aux cours (si on peut parler de cours), juste pour le plaisir d’être là et de se cultiver au milieu de ce joyeux bazar.
On partait à six, entassés dans ma vieille poubelle, mon Audi 80R, en Belgique à Courtray au salon du meuble et on ramenait des heures de sommeil en moins accompagnées de quatre tonnes de documentation dans nos cartons à dessins (ah, la doc et le matériel qu’on trimballe dans ce genre d'étude). On traînait nos guêtres dans les couloirs de Beaubourg et on séchait les cours un jour sur quatre.
On était libres d'être, libres de nos création et pas angoissés pour deux sous.
C’était les années Néoprène, la nouvelle matière à la mode. On en glissait dans toutes nos créations.
C’était les années Optima* et Rockwell*, on en collait partout également.
C’était les années jaune/gris perle, rouge/noir, violet/vert menthe, on en tapissait tous nos logos.
Après mon diplôme, j’ai “glandé” durant quatre mois, dans l’attente de stages improbables qui ne sont jamais venus. En décembre mon père m’a dit : “dans 15 jours ma fille je te coupe le robinet”. Et, comme mon père n'est pas quelqu'un qui plaisante, comme c’était l’époque où on trouvait un job en 15 jours, je suis entrée comme salariée dans une petite agence de communication un 1er janvier. J’ai tenu 5 mois et 2 semaines, pas un jour de plus. Je déprimais, je pleurais tous les soirs d'être enfermée le jour.
Je suis partie en claquant la porte. Salariée ? Plus jamais. Ce n’est pas mon truc. Je vais me mettre à mon compte.
Avec raison, tout le monde m’a traitée de folle. Sauf mon père qui m’a dit sans plaisanter : “vas-y ma fille, fonce.”
Deux jours plus tard, la directrice de l’agence dont je m’étais sauvée me téléphonait et me demandait si je voulais bien continuer à travailler pour elle en indépendant.
Je la détestais. Elle fut ma première cliente et je l'en remercie.
Puis j’ai tenu bon.
Depuis 20 ans que je travaille pour moi je l’ai souvent payée à des tarifs exorbitants, ma liberté d'être.
Mais je l’ai toujours gardée.
Pendant toutes ces années et celles qui ont suivies je n’ai pas ouvert un livre autre que de graphisme et de design. Je n’avais pas le temps de lire, j’étais bien trop occupée ailleurs.
Aujourd’hui je me dis. Tiens, Karine, depuis combien de temps n’as-tu pas ouvert un livre autre que de littérature ?
De toute manière, tout ça, c’est blanc-bonnet et bonnet-blanc. Quand on est créatif, on est créatif.
Qu’il s’agisse d’associer des couleurs ou des mots, il faut juste trouver l’exacte partition musicale. Celle qui donnera son style propre à l’image ou à la phrase.
Pour autant, quand j’écris de la fiction, elle se drape pour moi d’un délicieux supplément d’âme, en regard à mon travail de graphiste. Parce que l’histoire qui naît sous mon stylo est dénuée de toutes considérations matérielles, parce qu’en écrivant je n’ai pas de clients à satisfaire (je ne suis que l’esclave de ma propre exigence) ni de facture à émettre, je m’autorise enfin et à nouveau une immense liberté de création.
Et ça vous avez compris.
Pour moi, ça n’a pas de prix.
(*) : typographies
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mercredi 14 février 2007
Par Karine Fougeray,
mercredi 14 février 2007 à 12:37 :: Les histoires de Karine

Comment ça se rêve un livre ?
Comme dans un rêve.
Comment ça s’écrit un livre ?
Mystère et boule de gomme.
La première phrase est venue d’elle même. Depuis 20 mois, elle n’a pas changé et ne changera pas. Elle est l’évidence, le pylône. Elle tient tout. Elle referme le secret du livre, et sans elle il n’y aurait pas de livre.
Les 30 pages suivantes ont coulé, très vite. Comme une nouvelle dont on ne connaît pas encore la fin. Après ? Stop. Rideau. Le noir au fond d’un trou.
Dis maman, comment on fait pour continuer le livre ? Pour aller où ? Pourquoi ?
Alors je n’écris plus. Du tout. Mais j’y pense. Tout le temps. Et le temps passe.
Quand le temps a fini de passer, ça repart pour 30 pages. Je jubile, j’avance. Ça va être formidable. J’en parle, je rencontre des gens, je me documente.
Et puis, plus rien à nouveau.
Mais cela ne s’arrêtera-t'il donc jamais ?
Chacun écrit comme il est, et moi j’ai l’impression d’écrire n’importe comment (suis-je n'importe quoi ?), par à-coups. Irrégulièrement.
Et dans n’importe quelles conditions. Chez moi mais jamais à la même place (allongée sur la moquette, dans mon lit, devant la cheminée), en voyage, dans ma voiture. Sur des carnets Moleskine, sur les pages de garde des romans que je lis (quand j’ai oublié le carnet), sur des tickets de caisse, sur mon ibook, sur mon G4 de travail. Le foutoir de mon écriture est total, sans queue ni tête. J’ai recensé des dizaines de sorties papier, toutes annotées dans le désordre, autant de fichiers sur deux ordinateurs différents. J’ai des bouts de notes de partout et je ne sais pas toujours quoi en faire. Il y en a même que je laisse traîner chez les amis et d'autres que je récupère de la poubelle.
L’enfer.
Je n’ai aucune méthode, soit. Cela me désole parfois, soit. Mais je n’ai jamais pu suivre une recette de cuisine à la lettre et pourtant j’aime cela, cuisiner.
Alors je me fais à l’idée. Tu écris comme tu es, ma fille, et pas autrement.
Parfois le miracle arrive. Je raccorde tous ces bouts les uns après les autres, je change l’ordre dix fois, j’imprime et je lis. Et je me dis oui, ça coule ça s’imbrique c’est magique. Je suis sur un nuage.
Et, de mon nuage, je fais lire parce que j’ai confiance dans le jugement de certaines personnes (la Fée pour commencer) et que je n’ai pas la culture du secret (sauf celui qui est dans le livre). J’ai besoin des autres pour écrire. Je ne protège pas mes écrits. Je m’en fiche. Mon livre est ouvert à beaucoup et ça me plaît.
Voilà comment, pour moi, ça se fabrique un livre.
(Et je peux vous dire que c'est pas tous les jours Dimanche.)
Et vous, comment écrivez-vous ?
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vendredi 26 janvier 2007
Par Karine Fougeray,
vendredi 26 janvier 2007 à 14:48 :: Les histoires de Karine

Je sors de ma tanière pour une bonne raison. Les galettes sortent chez Pocket le 1er février, jour de l’anniversaire de quelqu’un qui m’est très cher. Forcément, j’y vois un signe.
Merci donc à Monsieur mon éditeur de poche, L.B., directeur éditorial de Pocket pour plusieurs raisons.
La première, parce qu’il a craqué d’emblée pour mon recueil, alors que celui ci n’était même pas paru.
La deuxième, parce que mes galettes viennent de faire partie de sa sélection coups de cœur/nouveautés auprès de 250 libraires.
Merci à la Fée, Madame mon éditrice Montalant, de lui avoir envoyé.
Et Merci à Séverin Millet (on oublie trop souvent les illustrateurs) d’avoir imaginé une jolie couverture dans laquelle je me reconnais parfaitement.
Voilà, c’est dit. La semaine des remerciements chez Plume salée est close.
Mes galettes vont donc vivre une nouvelle jeunesse, dans les grandes surfaces, dans les maisons de la presse, dans tous ces endroits dont l’accès leur était refusé jusqu’à présent.
J'ai beaucoup de chance mais je ne dois pas me reposer sur mes petits lauriers. Je retourne travailler, un roman ne s’écrit pas tout seul et j’ai du pain sur la planche.
Je me suis promis de boucler en mai, et après de reprendre le blog de façon plus assidue. D’ici là, je vais tenter de poster un billet de temps à autre, histoire de vous faire saliver.
Ici il fait très beau et très froid, la Rance est lisse comme une patinoire qui aurait fondu à contre-cœur.
Je prends mon carnet et je descends faire un feu.
A bientôt

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jeudi 6 juillet 2006
Par Karine Fougeray,
jeudi 6 juillet 2006 à 14:01 :: Les histoires de Karine
C'est un couple de vieux, sur la plage.
Ils sont assis sur leurs pliants. Les deux pliants sont posés côte à côte, sous l'unique parasol rouge délavé et bordé d'une frange en coton blanc.
Aux pieds, il porte des chaussettes grises en fil d'Écosse à peine cachées par des sandales de cuir marron.
Elle est pieds nus, mais ses varices lui dessinent des échelles qui remontent de travers le long des mollets maigrelets.
Il lit Ouest-France, elle tricote en silence.
Autour d'eux, on entend juste le froissement du papier journal et le cliquetis des aiguilles.
Ils ne regardent pas la mer parce que cela fait cinquante ans qu'ils viennent là et qu'elle n'est jamais partie sans crier gare.
À un moment, il clame :
– Tiens, ça y est, la Kerlao a passé l'arme à gauche !
Elle lève les yeux de son ouvrage et :
– La Kerlao ? Mais la fille ou la belle-fille ?
– La belle-fille, la veuve Pingeot.
Elle repasse le fil derrière l'aiguille :
– À quelle heure, l'enterrement ?
Il se penche un peu plus avant sur la rubrique nécrologique :
– Seize heures, demain, à la cathédrale. Faut qu'on y soit.
Elle hoche le menton et dit :
– Une couronne. On va passer commander une couronne. Qu'est-ce qu'on va marquer, sur la couronne ?
Il ne répond pas. C'est toujours elle qui s'occupe de ces choses-là.
Elle reprend :
– Bon, pour le texte je vais bien trouver quelque chose. Mais, pour la couronne, on va mettre dans les combien ?
Il ne répond pas. C'est encore elle qui s'occupe de tendre ou de détendre les cordons de la bourse.
Il se dit que c'est toujours elle qui décide de tout. Que lui, il n'est plus bon qu'à lire Ouest-France, et encore. Il est devenu translucide, à force. Une fenêtre sans vitre à travers laquelle elle passe, repasse et revient encore. Il est las mais bon, c'est comme ça.
Elle s'active maintenant.
Elle range son tricot dans le cabas usé en toile enduite bleu marine.
Pour qu'il puisse faire mine de ne pas entendre, elle marmonne à voix basse :
– Cette veuve Pingeot… Elle l'a bien cherchée la mort !
Puis, plus fort :
– T'en es où ?
– Aux sports, qu'il répond.
Péniblement, en soufflant de sa poitrine et en poussant sur ses bras, elle se hisse debout.
– Bon, André, on rentre. Demain pas de plage, il faut qu'on s'avance, pour l'enterrement.
Elle peine à retrouver un équilibre incertain.
Elle ressemble à un doris instable qui lutte contre une houle hachée ; elle tangue sur le sable sec et ses bras font des moulinets, brassant le vide alentour.
À l'instant précis où elle envisage enfin de retrouver un plancher des vaches qui ne se dérobe plus sous elle, un ballon de foot rouge et noir explose en plein dans sa figure. Une claque majestueuse ; violente ; monstrueuse.
Elle s'effondre sans un bruit. Le sable amortit la chute et permet le silence du corps qui tombe.
Elle a fait un arrêt cardiaque.
Le ballon continue sa route, il rebondit, prend de la vitesse et dégringole vers la mer. Il y a un môme à ses trousses qui crie au vent et sans se retourner :
– Pardon ! Oh pardon ! Je ne vous avais pas vue !
André a posé le Ouest-France sur le sable. Il bat des ailes maintenant. On croirait un goéland moribond tentant l'impossible exploit de s'envoler une dernière fois vers son monde libre.
André se redresse, se penche vers elle et lui murmure à l'oreille :
– Toi aussi. Oui toi aussi tu l'as bien cherché ta mort.
Ballon vole est extrait du recueil de nouvelles "Elle fait les galettes, c'est toute sa vie", édité chez la Fée.
C'était pour vous donner l'envie des plages.
Je l'avais fait savoir, à propos de "Plume salée" : j'arrête, j'arrête pas, ça me prend trop de temps, j'ai besoin de temps, je perds mon temps, je ne perds pas mon temps…
Alors voilà ce que j'ai décidé. Je fais un gros break : deux mois. Et puis on verra bien après. D'ici là, de l'eau aura coulé sous les ponts, la roue aura tourné, et mon roman aura avancé je l'espère. Peut-être reprendrais-je le blog en septembre ? Peut-être pas.
A vous qui me lisez depuis le 22 février ou qui avez débarqué en cours de route, merci.
A Arte qui m'a proposé cette aventure et qui souhaite que ce blog reste ouvert, merci.
A ceux qui débarquent pour la première fois, relisez les archives, vous avez de quoi faire. Moi-même, je n'en reviens pas de tout ce que j'ai pu écrire (il y a de vraies histoires, des critiques de livres et des billets d'humeur, il y a du bon et du mauvais, vous verrez rien n'est classé alors bon courage).
Je précise que les commentaires restent ouverts, qu'ils sont modérés et que je les reçois directement sur ma boite mail, donc ne vous gênez pas. Par contre, je ferme les trackbacks (je ne sais toujours pas à quoi ça sert) pour cause de spams. Si vous voulez m'écrire, postez donc… un commentaire en se sens, je n'arrive à mettre un "écrivez-moi" dans la marge (trop nulle).
Dîtes, pour le der des der, vous feriez pas tomber du ciel une pluie de commentaires ?
La Plume salée vous souhaite de bonnes vacances et vous demande de faire attention aux vieux sur les plages, surtout si vos enfants adorent jouer au ballon (en ce moment c'est chose courante, les jeux de ballon).
Le 17 juillet, la Plume décide de fermer tous les commentaires pour cause de spams vénéneux…
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mercredi 5 juillet 2006
Par Karine Fougeray,
mercredi 5 juillet 2006 à 13:38 :: Les histoires de Karine
C’est le genre de fille dont les gens disaient elle a tout pour être heureuse. C’est le genre de fille bretonne, belle et brillante. C’est le genre de fille qui a commencé à aimer en même temps qu’elle a commencé à se tuer. Parce qu’elle les aimait trop et eux pas assez. Vers 14 ans. En vidant dans sa gorge des cachets de toutes les couleurs. Des jaunes, des verts, des bleus, des rouges. Vers 18 ans. En taillant dans ses veines, le long des poignets. C’est le genre de fille qui se réveillait le matin dans des chambres blanches, entourée de parents qui ne comprenaient pas que la mort puisse être plus tentante à vivre que la vie. C’est le genre de fille que les garçons quittaient, affolés par l'énorme trou en elle. Si profond que même si on les avait entassés dedans (tous ces garçons) ils n’auraient jamais pu le remplir. C’est le genre de fille qui me hante. C’est mon fantôme, ma honte, mon désespoir. C’est toujours frais, c’est resté coincé à nos âges, à nos cours de danse, à cette souplesse de nos jambes, à cette furieuse envie de déconner, à nos fous rires, à nos chapardages dans les magasins, à nos virées en mobylette, à nos vacances en 2 cv, à nos amours, à nos études, à nos rêves crevés. A ce temps de notre croyance en l’immortalité. C’est resté accroché à l’arbre, dans le jardin, c’est tout vert et tout vivant. C’est le genre de fille qui est en permanence parmi moi. Par les images je vois ses cheveux blonds et longs, je vois ses docksides blanches et usées. Par les sons j'entends sa voix, son léger défaut de prononciation, son cheveu sur la langue. Je fais cela (voir, entendre) mais, s’il vous plaît je vous en conjure, rendez-moi aveugle, sourde et amnésique. C’est le genre de fille à qui je n’ai pas pardonné. Sa mort est le genre de mort qui m’est restée quand les autres sont parties et son deuil le genre de mot dont je pense qu’il a été inventé par des guignols qui ne savaient rien d’elle. Un mot inadéquat pour ce genre de fille. Je n’ai pas fait le deuil de cette mort là, à la différence des autres. Les morts d’après ne l’ont pas effacée. Au contraire, elles la font ressortir à chaque fois, et cela fait vingt ans que ça ressort. A chaque fois que j’en perd un je la retrouve, elle, verte et vivante, dans le jardin.
C’est le genre de fille qui s’est pendue à l’arbre, une nuit dans un jardin malouin. Et l’arbre n’était pas un roseau qui ploie, il n’était pas un chêne qui casse. L’arbre n’a pas cillé. Il est resté debout avec la fille pendue à son bras. Et le jardin malouin descend en pente douce jusqu’à l’embouchure de la Rance, et moi je la regarde tous les jours, la Rance, parce que je vis devant et qu’elle est belle. J’ai des pensées absconces autant qu’immondes. Par moment je me dis qu’ils ont dû retrouver du sel de la mer sur la corde. Que peut-être ils ont léché, pour goûter. Je me dis aussi que l’homme qui l’avait quittée et pour qui elle s’est tuée s’est tué à son tour. Un an après, au même arbre, de la même façon et dans le même jardin. Et je ne peux ignorer que ce jardin est le jardin de la maison des parents de l’homme. Et je sais que ça fait beaucoup à avaler. Ça fait des pâtés dans mon ventre et je n’arrive pas à digérer. Et je rêve que c’est faux. Sauf que je sais que c’est vrai et que c’est pas dans un livre que j’ai trouvé ça.
C’est le genre de meilleure copine que j’ai connue à 8 ans et perdue à 23. Oui.
Perdue-Pendue à 23 ans ça existe.
La preuve c’est moi.
Et je te jure que j’aimerais mieux être toi aujourd’hui.
N’importe qui sauf moi.
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